
À l’occasion des 25 ans des Niouzz, la RTBF organisait à Médiasambre un afterwork ouvert au public avec pour sujet l’information des enfants.
L’évènement était animé par Nathalie Lemaire (journaliste du JDE), Sophie Gillet (Productrice des Niouzz) et Mehdi Khelfat (Chef de rédaction Nouvelles Générations de la RTBF). Alors, peut-on tout dire aux enfants ? Et si oui, comment ?
Mais d’abord, que sont les Niouzz et le JDE ?
Les Niouzz, c’est un journal audiovisuel à destination des enfants de 8 à 12 ans produit par la RTBF. Il est diffusé sur OUFtivi, Auvio, Instagram, Facebook, Youtube et même TikTok ! Il dure 7 minutes et décode l’actualité pour la rendre accessible aux plus jeunes. Le Journal des enfants (JDE), est un journal d’actualités à destination des 9 - 13 ans. Il est disponible en format papier et digital, sur un site web, YouTube, Facebook et TikTok. Bien sûr, ces journaux ne sont pas réservés exclusivement à ces tranches d’âge. Personne n’est trop vieux pour les consulter et un enfant plus jeune peut bien sûr les utiliser pour s’informer.
Des infos pour les enfants ? Mais pour quoi faire ?
« L’initiative est née d’un constat », explique Nathalie Lemaire. « Les enfants sont toujours confrontés à des informations qu’ils ne comprennent pas, par les actualités à destination des adultes. Lorsqu’ils demandent à leurs parents de leur expliquer, ceux-ci sont pris au dépourvu. Il a fallu longtemps pour faire accepter l’idée que les petits avaient besoin de leurs propres informations mais des circonstances dramatiques ont débloqué la situation ».
« Il est clair que les drames de l’affaire Dutroux et de l’attentat du 11 septembre ont confirmé la nécessité d’informer spécifiquement les enfants pour les accompagner dans ces situations de stress collectif. Ces informations sont angoissantes pour les adultes et il faut expliquer aux petits pour qu’ils ne se fassent pas des films plus angoissants encore pour eux. Et pour développer leur esprit critique. », complète Sophie Gillet.
« Il ne faut pas oublier non plus… », poursuit Mehdi Khelfat, « que les enfants sont une grande partie de la population (17% de la population belge a moins de 15 ans) qui est rarement prise en compte. Pourtant ce sont des citoyens à part entière. Pas seulement des citoyens en devenir. Une de nos missions est justement de créer des ponts entre les enfants, les jeunes et les adultes. De leur donner les clefs de compréhension et de rappeler aux enfants leurs droits ». « Pour cela », explique-t-il, « En tant que média, nous avons la responsabilité de ne pas stigmatiser, notamment les jeunes, et de creuser les sujets. Nous essayons de mettre parfois les responsables politiques face aux enfants. La crise du Covid-19 nous a montré qu’on avait tendance à les oublier. On a souvent pensé aux plus fragiles lors de cette période, surtout aux personnes âgées. Mais de façon générale, on se rend compte qu’on avait laissé de côté les impacts sur les jeunes et les enfants ».
Informer les enfants, un travail d’équilibriste ?
Selon les 3 intervenants, il y a plusieurs règles à respecter lorsque l’on informe les enfants.
D’abord, il faut équilibrer les sujets entre ceux qui sont anxiogènes, lourds ou tristes et ceux qui sont légers, joyeux. « Si, pour les adultes, on n’a pas toujours le choix de traiter uniquement des sujets graves et durs, il ne s’agit pas de faire croire aux enfants que les adultes sont tous tordus et violents. », indique la journaliste. « Il faut aussi leur donner de l’espoir et montrer le bon dans le monde, sans quoi ils ne voudront pas grandir. Par exemple, on va aussi leur montrer des jeunes ou des gens inspirants, pour qu’ils puissent se reconnaître et trouver des modèles. Sans pour autant idéaliser ces personnes. On va tâcher de montrer leurs échecs, leurs vulnérabilités et de rappeler l’enfant qu’ils étaient. L’échec est une des aspérités des êtres humains qu’il faut montrer également. Il faut aussi trouver le ton juste pour chaque information ».
Informer les enfants, c’est choisir ses sujets ?
« On ne va pas titrer et accrocher les enfants avec des choses tristes », complémente le chef de rédaction. « On fait généralement 3 tiers de contenu : un tiers de sujets passionnants (Pop Culture, Cinéma, Sport, etc.), un tiers de sujets qui les touchent (CEB, pauvreté des enfants, etc.) et un tiers d’informations importantes pour les citoyens (politique, actualités internationales, etc.) ».
« On va aussi éviter l’instantanéité de l’information. Il faut prendre du recul. », développe la productrice. « Plus l’information est complexe, plus il faut la contextualiser. Il faut donner un maximum de précisions. Il faut expliquer et décrypter. Il faut pouvoir raconter un début, un milieu et une fin lorsque l’on traite l’information pour ne pas frustrer les enfants et les laisser dans l’incertitude ou l’incompréhension. On évite de laisser en suspens la fin d’un sujet. Mais si ce n’est pas possible, alors on explique pourquoi il faut attendre avant d’avoir plus de renseignements ».
Informer les enfants, c’est aussi les impliquer ?
« Nous essayons d’impliquer un maximum les enfants dans le contenu », confirment les 3 conférenciers. Pour le JDE , développe Nathalie Lemaire, « nous organisons des rencontres entre les enfants et des adultes en classe. Nous répondons aux questions des petits, nous faisons des reportages avec des lecteurs du JDE, nous travaillons avec 30 classes qui nous font des propositions de sujets, de questions, etc. On souhaite être sûr des questions que les enfants se posent, et on est parfois surpris. Cela permet aussi aux intervenants de s’adapter plus facilement ».
« Pour les Niouzz », informe Sophie Gillet, « nous essayons également de les inclure en les faisant participer à des émissions par exemple. Ou en invitant à regarder nos journaux en famille et à en discuter ensemble. Il est important que les plus jeunes puissent en discuter et donner leur point de vue à égalité avec les adultes ».
Informer les enfants, c’est infantiliser l’information ?
Les 3 intervenants sont unanimes : informer n’est pas infantiliser !
Comme nous le résume Mehdi Khelfat « Informer les enfants, ce n’est pas les prendre pour des bébés. Ce qu’ils attendent c’est de comprendre. D’ailleurs, il n’y a pas d’âge pour informer les plus jeunes. On n’est jamais trop vieux. Ce qui compte pour eux, c’est le feeling et la posture. Ce qui leur plaît, c’est l’authenticité, le dynamisme en restant sérieux ».
« Il faut bien sûr veiller à la difficulté de compréhension, il faut que ce soit facile à lire. », précise Nathalie Lemaire. « Que les phrases soient courtes, par exemple. Ils attendent surtout de la variété dans les sujets traités, de pouvoir en discuter avec les adultes et que ce soit dynamique ».
« Cela demande de la créativité car il faut s’adapter aux codes des plateformes et des univers. Il faut prendre le temps de contextualiser et du dynamisme. Il faut leur montrer que l’actualité, ce n’est pas forcément compliqué », conclut Sophie Gillet.
De l’information pour les enfants… même sur TikTok ?
Comme l’expliquent les 3 intervenants, s’il faut officiellement 13 ans pour s’inscrire sur TikTok, la réalité rattrape de suite les journalistes : beaucoup de moins de 13 ans sont sur les réseaux sociaux et TikTok ne fait pas exception. Après de longues discussions, les Niouzz comme le JDE ont conclu qu’il fallait être présent sur le réseau social. Pour eux, les enfants ne doivent pas être seuls face aux réseaux sociaux. Leur présence est un moyen d’accompagner ces jeunes et de les aider à trier le bon du mauvais. Notamment en luttant contre les défis dangereux et les Fake News.
Alors, peut-on tout dire aux enfants ?
Si les 3 conférenciers sont d’accord sur le fait qu’on peut parler de tout avec les enfants, ils souhaitent mettre en avant qu’il ne faut pas le faire n’importe comment.
Aux yeux de Sophie Gillet, « Il y a un moment et des nuances à faire pour discuter de certaines choses. Et surtout, il ne faut jamais en parler dans la précipitation ».
Selon Mehdi Khelfat, « Il faut trouver la forme et il faut faire attention à ce qu’on leur dit. Il faut prendre le temps de trouver la manière d’expliquer les choses. Si on ne peut rien leur cacher, il faut leur donner les clefs pour comprendre le monde dans lequel ils sont sans certains détails ».
« On ne doit pas tout dire aux enfants, on peut aborder tous les sujets mais en évitant les détails choquants ou sordides », confirme Nathalie Lemaire.
Si cela est nécessaire, informer les enfants n’est pas une mince à faire. Les enfants n’ont pas les mêmes outils de compréhension du monde que les adultes. Les stress collectifs qui peuvent affecter les grands, perçus comme des figures rassurantes et protectrices, sont une source d’angoisse pour les plus jeunes dont l’imagination est débordante. Journalistes, professeurs et parents doivent pouvoir les informer. A la fois pour les rassurer que pour leur permettre de comprendre la complexité du monde. D’autant plus qu’il s’agit d’un impératif pour le développement de l’esprit critique et la formation de citoyens. Pour les informer, il convient de trouver la forme, de prendre son temps pour s’assurer de leur bonne compréhension et de bien choisir ses mots. Si l’exercice n’est pas toujours facile et agréable, que tout ne peut pas être dit sans pincettes, quand un enfant ne comprend pas quelque chose, prenons le temps et parlons-en.
Valentin Mageren
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